Avant de commencer la lecture de ce recueil de 136 pages avec des dessins en noir et blanc, j’apprécie l’esthétique de l’ensemble et la mise en scène agréable des haïkus. À noter que chacun des textes est traduit en anglais.
Fouillant dans l’histoire de « Mon poème favori », je retiens la position de Jean : Ne rien dire de très important. Se débarrasser des intelligences pour atteindre l’essence du haïku. Oublier les constructions géniales, ne conserver que la fraîcheur. User d’un langage nécessaire et suffisant (math quand tu nous tiens !). L’absence poétique : « Mon poème n’est pas un poème. » Me voici à 100 % en accord avec l’auteur. La suite : Ce dépouillement peut avoir un petit goût mystique ou un goût de zen. Pour Jean, le haïku est un éclat de langage transcendant.
Entrons en haïku. Septembre, un point de repère pour un début, comme si l’auteur commençait une première année d’apprentissage.
Fin septembre déjà / pas de poème cette année / les dahlias en fleur
Et la porte s’ouvre, une femme, une petite fille blonde apparaissent, l’humain est là.
Sous les arbres verts / ils allaient au bord des fleuves / pour s’embrasser
Superbe image pour parler d’un fait ordinaire devenu exceptionnel. Le lecteur retrouve, à chaque page, ces aventures infimes portées par la lumière.
Le dessin qui accompagne se veut fluide, arabesque, vision floue (page 13).
Le temps passe. Novembre, vers Marseille : Jean décrit à merveille l’obsession qui le hante « penser à la mer ». Sur place, il ne parvient pas à écrire un seul haïku, bloqué par la présence de 25 haïjins japonais. Pas une trace sur la feuille de papier, mais la présence d’une odeur de fleur dans l’air déclenchera le mécanisme d’écriture.
Cent vingt mois, dix années, les mots défileront. Jean ne conservera que les textes qui le satisfont pleinement, ce qui explique la qualité de l’ouvrage présenté.
Vertes feuilles fripées / comme le mois de mai / se déplient
Nous voici en présence de l’essentiel ; le scientifique a rejeté les scories. Le temps passe. Reste, à peu près, trois haïkus par mois. Le contrôle de la qualité associé au recueillement, même si une pointe d’humour jaillit :
Grand nettoyage / ça sent le lilas, dit-elle / C’est l’Ajax liquide
Une autre année, des élèves dans un long couloir, d’autres feuilles mortes… Page 42, mon envie de ne plus lire pour prolonger ma méditation. Jean, tu as gagné la partie, je reviendrai mille fois.
Plaisir des arbres / Assis, courir dans les signes / voilà le poème
Oui, arriver à la patience, à l’humilité, au dépouillement.
Les géraniums / ont pris peu à peu de la place / dans ma vie
Et l’écriture libérée,
Jonquill oh ill ill / ô ill jon ô ill ill / essaye de ô di